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"HERVE TELEMAQUE"

PRESENTATION PAR CHRISTIAN BRIEND, COMMISSAIRE DE L'EXPOSITION

L’exposition « Hervé Télémaque » que découvrent les visiteurs de la Fondation Clément prend la suite de la rétrospective que le Centre Pompidou et le musée Cantini de Marseille ont successivement présentée avec succès l’année dernière. L’exposition en Martinique s’avère toutefois très différente autant par la sélection des œuvres que par son « concept ».


Selon le vœu exprimé par l’artiste, la double exposition présentée en métropole avait fait la part belle aux collections publiques françaises. Se souvenant de son premier statut d’immigré, le peintre d’origine haïtienne avait ainsi souhaité manifester sa reconnaissance envers son pays d’accueil, dont les responsables culturels l’avaient très tôt et régulièrement fait entrer dans les collections publiques. Pour autant, les collections nationales et territoriales n’avaient pu permettre à elles seules de réunir un ensemble pleinement représentatif de la production de Télémaque. Ainsi, sur les soixante-quatorze peintures, œuvres graphiques et sculptures qui composaient l’exposition à Paris et à Marseille, treize seulement provenaient de collections particulières. À la Fondation Clément, la proportion s’est inversée, puisque seules vingt-deux œuvres proviennent de collections publiques sur les cinquante-trois exposées. Des raisons pratiques (formats des peintures incompatibles avec les conditions du transport aérien, mais aussi impératifs de conservation pour les dessins et les collages) ont conduit non seulement à resserrer la sélection, mais aussi à remplacer les pièces devenues indisponibles par des œuvres nouvelles, au nombre de vingt-trois. Le projet de départ s’en est ainsi trouvé profondément modifié3. Ayant dû renoncer aux œuvres sur papier, mais aussi aux « sculptures maigres » des années 1968-1969, importantes pourtant dans le parcours de Télémaque, l’exposition martiniquaise est devenue, à quelques exceptions près, une rétrospective centrée sur l’œuvre peint.

Ayant débuté à New York, sous les auspices d’un expressionnisme abstrait déclinant qui le laisse insatisfait, le jeune Télémaque décide de remonter à la source surréaliste en s’installant à Paris. Se mesurant au pop art américain et anglais en prenant en compte l’emprise nouvelle des médias, qui lui servent, tout comme à ses camarades de la figuration narrative, à « revitaliser la peinture », Télémaque intègre aussi dans ses tableaux des objets du quotidien, à l’exemple de Robert Rauschenberg (les « combines »). En 1968, il cesse toute activité picturale pour se livrer à une critique radicale du médium : c’est la période des « sculptures maigres » qui parodient souvent l’activité picturale. Renouant avec la peinture de chevalet en 1970 en restant fidèle à la « ligne claire », Télémaque dans les années qui suivent s’en détourne à plusieurs reprises au profit du collage qui est une autre façon, plus artisanale, de traiter de problèmes picturaux et de l’assemblage (une « sculpture de peintre », selon lui).
Comme il l’indiquait au critique Gérald Gassiot-Talabot, « ce qui [l]’intéresse, c’est la souplesse de la métaphore, sa capacité à se renouveler face à la complexité du monde et de retrouver des structures archétypales ». Dans cette double quête, la peinture reste le médium de référence pour un artiste qui ne cesse jamais d’explorer, à l’acrylique désormais, les relations entre « le Propre et le Figuré » au gré des métamorphoses d’une picturalité de plus en plus baroque qui ne s’interdit pas de recourir ponctuellement au langage de l’abstraction. Passionnant, cet itinéraire non linéaire, heurté parfois, mais manifestant une inventivité toujours en éveil justifiait à lui seul une telle évolution, décidée bien entendu en pleine concertation avec l’artiste, du « concept » d’origine de notre exposition.
 
Comparée aux deux expositions métropolitaines, celle de la Fondation Clément – la disposition des lieux y est pour quelque chose – rend aussi davantage justice aux tableaux récents, ceux de la série « La Canopée » notamment qui entérinait la réappropriation du médium peinture après de graves accidents de santé. Au François, au sein du nouveau bâtiment conçu par l’agence Reichen et Robert & Associés qu’il inaugure, le parcours s’achève sur De la jeune Flamande… au canal Saint-Martin dont la conception, comme cela avait été le cas avec l’emblématique Moine comblé (Amorces, avec Arshile Gorky) en 2015, aura été exactement contemporaine de la préparation de l’exposition. Autre apport de la présente exposition, et non des moindres dans un contexte caribéen, il a paru nécessaire de renforcer la présence d’œuvres en rapport direct avec les Antilles et la source africaine. Le chef-d’œuvre de 1975, Le Silence règne à Saint-Marc (Haïti), que nous avons d’ailleurs choisi pour la couverture de ce catalogue participe de cette ambition.
Ce n’est pas la première fois que Télémaque expose dans la Caraïbe. Trois expositions de ses estampes y ont déjà été organisées dans son île natale, Haïti, et en Martinique, où Télémaque a brièvement enseigné. C’est à Cuba cependant, lors de la IIe Biennale de La Havane en 1986, que s’était tenue jusqu’à présent la plus importante de ces expositions personnelles. Une vingtaine de peintures ont ainsi été montrées à La Casas de las Americas, dont un rare et beau tableau de 1962, offert dans ces années par Télémaque aux Cubains en hommage à leur révolution, et que nous avons un temps espéré obtenir en prêt.

L’exposition de la Fondation Clément est donc bien la plus ambitieuse jamais consacrée à l’artiste haïtien dans cette région du monde. À ce titre, elle peut cette fois véritablement s’apparenter à ce « retour au pays natal » chanté par le grand poète martiniquais de la négritude, Aimé Césaire, sous l’égide duquel Télémaque aura tenu à placer ses trois expositions.

Parcouru de références intimes, l’œuvre complexe de Télémaque appelle naturellement, et ce depuis toujours, commentaires et exégèses. Parmi ceux qui s’y sont essayés avec bonheur, la critique Anne Tronche a été notamment l’auteur d’une monographie remarquable parue en 2003. Elle avait aussi conduit quelques années plus tôt l’un des entretiens parmi les plus éclairants avec l’artiste. C’est à cette grande observatrice de l’art contemporain, au regard sensible et généreux, disparue brutalement en octobre dernier, que nous souhaitons dédier cette exposition.

CHRISTIAN BRIEND









Exposition conçue et réalisée par le Centre Pompidou, Paris, en collaboration avec la Fondation Clément






INFORMATIONS PRATIQUES

Horaires
9h à 18h, dernière entrée à 17h

Accès
Dans le bourg du François prendre la RD 6 en direction du Saint-Esprit. Entrée sur la gauche à deux kilomètres.
Les activités de la Fondation Clément sont en accès libre.

Renseignements
www.fondation-clement.org
facebook.com/fondationclement
Tel : 05 96 54 75 51

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